Le thermokarst, phénomène négligé dans les études du Pléistocène
Le thermokarst, phénomène négligé dans les études du Pléistocène
Jan Dylick & E. Rybezynska
1964
Dans Annales de Géographie, tome 73
Pour citer cet article : Dylik, J., & Rybczynska, E. (1964, September). Le thermokarst, phénomène négligé dans les études du Pléistocène. In Annales de géographie (Vol. 73, No. 399, pp. 513-523). Armand Colin.
Cet article met en évidence le rôle majeur mais sous-estimé du thermokarst dans l’interprétation des formes et structures périglaciaires pléistocènes. Le thermokarst est défini comme le processus de fonte des glaces du sol au sein du pergélisol, et non comme un simple type morphologique. L’auteur distingue deux modalités d’évolution : un thermokarst généralisé, lié au réchauffement climatique et à la dégradation régionale du pergélisol, et un thermokarst local, pouvant se développer même en contexte froid sous l’effet de conditions hydrologiques particulières.
L’évolution descendante des structures à glace de sol, notamment des polygones à fentes de glace et des pingos, est analysée comme un facteur déterminant dans la formation de dépressions fermées et de structures fossiles. La présence de telles formes ne constitue pas nécessairement une preuve de dégradation généralisée du pergélisol ni de réchauffement climatique. L’étude souligne ainsi l’importance des processus thermokarstiques dans les reconstructions paléogéographiques du Pléistocène et met en garde contre les interprétations simplifiées.
L’article met en évidence le rôle central, mais insuffisamment pris en compte, des processus thermokarstiques dans l’interprétation des formes et structures périglaciaires pléistocènes. Dylik souligne que de nombreuses dépressions fermées, bassins lacustres et structures associées au pergélisol ne peuvent être comprises sans référence explicite à la fonte des glaces du sol dans le pergélisol, c’est-à-dire au thermokarst.
L’auteur rappelle l’évolution de la notion de thermokarst depuis son introduction par Ermolaev (1932) et adopte la définition soviétique qui réserve ce terme au processus de fonte des glaces du sol dans le pergélisol, et non aux formes morphologiques elles-mêmes.
Il distingue clairement le karst thermique du karst chimique, tout en soulignant leur analogie morphologique (affaissements, cavités), la différence essentielle résidant dans la nature physique des processus impliqués.
La classification des formes thermokarstiques doit reposer sur leur genèse et notamment sur la nature des glaces du sol concernées : glace de ségrégation, glace d’injection, glace de fente.
L’évolution du relief dépend non seulement du type de glace, mais aussi du mode et du degré de dégradation du pergélisol.
Dylik distingue deux grands types d’évolution du thermokarst :
- Thermokarst à évolution généralisée, lié à un réchauffement climatique et à une dégradation régionale du pergélisol.
La fonte progresse par un front descendant, affectant prioritairement la glace de ségrégation. Ce processus tend à effacer les contrastes morphologiques et à altérer les structures primitives.
- Thermokarst local, pouvant se développer même en contexte de climat froid et de pergélisol en progression.
Il est déclenché par des conditions locales (hydrologie de surface, stagnation de l’eau, actions anthropiques). Dans ce cas, la dégradation peut affecter sélectivement la glace de fente ou les blocs polygonaux, produisant des formes telles que ravins polygonaux ou dépressions de type alass.
L’article insiste sur l’importance de l’eau stagnante comme moteur thermique majeur dans les régions de climat rigoureux. Les dépressions fermées et les lacs arctiques (thaw lakes, cave-in lakes) sont interprétés comme des produits de thermokarst local.
Dans la troisième partie, Dylik examine l’état des recherches sur le thermokarst fossile. Il constate que l’attention a surtout porté sur l’évolution ascendante des structures (formation des pingos, existence du pergélisol), tandis que leur évolution descendante, c’est-à-dire leur transformation par fonte, a été négligée. Or les structures fossiles (fentes en coin remplies, dépressions fermées issues de pingos) résultent précisément de processus thermokarstiques.
L’absence d’analyse de cette phase descendante peut conduire à des interprétations paléoclimatiques erronées.
Enfin, l’auteur montre que les structures thermokarstiques constituent des archives paléogéographiques essentielles. Toutefois, la présence de formes telles que fentes en coin fossiles ou dépressions fermées ne prouve pas nécessairement une dégradation généralisée du pergélisol ni un réchauffement climatique global : elles peuvent résulter d’un thermokarst local dans un contexte de climat froid.
Il souligne les limites actuelles des recherches pour établir avec certitude l’ampleur des dégradations du pergélisol au Pléistocène et à l’Holocène.
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