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Exploration pédestre et relevés drone à l'embouchure de la Gironde

Trois journées d'exploration ont été menées en septembre 2026 (les 10, 27 et 28 septembre), durant des épisodes de fort coefficient de marée, pour explorer le plateau calcaire de Cordouan à marée basse et faire des levées drones haute résolution (<5 cm en x,y) sur le platier émergé.

Exploration aujourd'hui

Un environnement difficile d'accès

Dans la partie la plus septentrionale du département de la Gironde, pris entre les eaux tumultueuses de l'Atlantique et les eaux riches en matières en suspensions de l'estuaire de la Gironde, se trouve un plateau calcaire à fleur d'eau.  
Simple rocher dont à peine plus de 2 km de longueur émergent à marée basse pour un peu plus de 800 m de largeur, le platier de Cordouan arbore dans sa partie sud-est un phare, bien connu depuis plus de sept siècles. 

Si ce monument ne manque pas d'attraits, c'est bien pour explorer le plateau calcaire que trois journées de missions ont été organisées, réunissant le laboratoire Ausonius de l'Université Bordeaux-Montaigne, le laboratoire EPOC de l'Université de Bordeaux, à travers les équipes Paléo, Géolsed et Méthys, ainsi que son Service Terrain, et la cellule drone de l'OASU (CEDRUOASU).

Régulièrement soumis à l’action des vagues, des courants de marée et aux déplacements des bancs sableux, ce substratum calcaire affleure dans un environnement côtier très dynamique. Sa surface recèle des structures permettant d’interroger à la fois son organisation géologique, sa fracturation et les processus actuels ou passés responsables de son érosion (et si une chose ressort d'un simple coup de marteau, c'est l'action extraordinairement délétère de la bioérosion, affaiblissant ce calcaire âgé d'une quarantaine de millions d'années !).

Des données de terrain : vue du ciel et du sol

Plusieurs levés par drone ont permis de produire une orthophotographie détaillée du site ainsi qu’un modèle numérique de terrain (MNT), donnant accès à la topographie fine de la surface rocheuse (résolution horizontale (x,y) inférieure à 5 cm). Ces données sont complétées par des observations géologiques de terrain, des prélèvements de roches et des mesures d’orientation des principales fractures et structures affectant le plateau.

Cartes détaillées de la zone de Cordouan

L’analyse en cours vise notamment à caractériser : 

  • la nature et l’organisation des formations calcaires constituant le plateau ;
  • la morphologie générale de sa surface et la répartition des principales formes du relief ;
  • l’orientation et l’organisation des fractures et diaclases visibles à différentes échelles ;
  • les formes d’érosion et de dissolution affectant le calcaire, depuis les petites dépressions et irrégularités de surface jusqu’aux structures métriques.

La très haute résolution des données acquises permet aujourd’hui de réaliser une cartographie géomorphologique détaillée du plateau et d’examiner la manière dont les discontinuités du substratum peuvent guider l’érosion, la dissolution et la fragmentation de la roche, mais aussi l'orientation de la houle et la puissance des vagues.

Au-delà de la caractérisation de Cordouan lui-même, ce travail contribue à un objectif plus large : mieux comprendre les structures et les morphologies observées sur les plateaux calcaires actuellement immergés au large de la côte médocaine. Le plateau de Cordouan offre en effet un analogue émergé exceptionnel pour l'interprétation du banc des Olives, situé au large de Soulac-sur-Mer et étudié par prospection géophysique.
La comparaison entre ces environnements doit permettre de mieux caractériser les contraintes hydrodynamiques et paléoenvironnementales subies au cours des derniers millénaires et, à terme, de mieux comprendre la manière dont les sociétés humaines se sont adaptées à un environnement soumis à de profondes transformations géomorphologiques et hydrodynamiques.

C'est dans le cadre du PSGAR CORALi (WP1), du GPR Human Past et de l'ANR Geopras que ces trois journées de mission ont été organisées, grâce au concours du SMIDDEST, du CPIE Marennes Oléron, du Parc Naturel Marin (PNM) de l'Estuaire de la Gironde et de la Mer des Pertuis, du Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) et du Phare de Cordouan. Un immense Merci.

Un moment de vie

D'un point de vue pratique, l'accès au platier de Cordouan, situé en zone d'estran, est directement contraint par les horaires de marée.
Trois journées correspondant à de forts coefficients (> 95) ont ainsi été sélectionnées afin de maximiser la surface rocheuse émergée et le temps disponible sur le terrain.
Mais ces conditions impliquent également des variations rapides du niveau de l'eau : lorsqu'on se trouve à plus d'un kilomètre du phare et que la marée remonte progressivement de toutes parts, mieux vaut ne pas trop tarder à prendre le chemin du retour !
Le déplacement sur le plateau n'est d'ailleurs pas toujours simple. Sa surface est parsemée de cavités et d'anfractuosités, parfois masquées par les moules, les hermelles ou les algues. Les secteurs restant immergés abritent également de nombreux oursins violets, auxquels il vaut mieux prêter attention, sauf à vouloir terminer la mission les pieds hérissés d'épines !

La mise en place et le déplacement de grands bancs sableux au cours des quatre dernières années a par ailleurs entraîné la formation d'une lagune, protégée par un large cordon sableux situé à plus de 500 m du phare. Pour accéder au plateau, il faut alors traverser une zone au fond meuble et irrégulier, où l'eau peut monter jusqu'à l'entrejambe.
Matériel porté au-dessus de la tête et vêtements trempés jusqu'à mi-corps, nous étions plutôt heureux que ces missions aient eu lieu en été, dans une eau relativement chaude !

Quelques sites photographiés de l'exploration de Cordouan

Remerciements

Enfin, je tiens à remercier une nouvelle fois chaleureusement les membres des deux équipes qui ont pu venir sur le terrain, répondant pour certains au pied levé : Thibault Cavailhes, Sylvia Lopez, Franck Delalee et Stéphane Bujan pour l’excursion du 10 septembre ; Laurent Londeix, Florence Verdin, Vincent Marieu et Marine Vandenhove pour l’expédition du 28 septembre.
Un merci tout particulier à Laurent Londeix pour sa venue dès le dimanche 27 septembre, se levant aux aurores afin de prendre à mes côtés le bateau à destination de Cordouan. Nous nous sommes tous deux retrouvés « piégés » au phare jusqu’au lundi après-midi, partageant des moments chaleureux et riches avec les gardiens du phare, Pierre Cordier et Benoît Jenouvrier. Un grand merci à eux également.

Comment ne pas remercier également Ophélie Roy, du SMIDDEST, qui a organisé nos traversées à bord du navire de croisière La Sirène ? Je remercie aussi son équipage, qui nous a permis d’effectuer les traversées à bord et nous a même offert deux places à chaque voyage.

Je remercie également Zachary Gaudin, du CPIE Marennes-Oléron, projet IODDE, qui m’a donné de précieux conseils et indiqué les stations d’étude d’hermelles que nous devions éviter.

Enfin, un grand merci à Fabrice Saugeon, du Grand Port Maritime de Bordeaux, qui nous a délivré dans des délais très courts les autorisations nécessaires à notre exploration et à nos vols de drone sur le plateau de Cordouan.

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