ESTRAN - Partie 04 | L'adaptation aux paléoenvironnements du Nord-Médoc

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Bonjour à toutes et à tous et Bienvenue !
Vous découvrirez ici la présentation de Camille Culioli durant les deux journées de restitution du projet ESTRAN (mars 2026), organisées par Florence Verdin et l'équipe d'Ausonius à l'Université Bordeaux-Montaigne. Frédérique Eynaud, du laboratoire EPOC à l'Université de Bordeaux, co-porteuse du projet ESTRAN avec Florence Verdin, co-animait l'événement.
Vidéo de la première intervention de Camille Culioli :
Synthèse des discours
Camille Culioli présente ici une partie des résultats de sa thèse : un suivi géoarchéologique mené depuis 2014 sur l’estran de l’Amélie, dans le Nord-Médoc, afin de comprendre comment les populations côtières se sont adaptées aux changements environnementaux et aux risques littoraux du Néolithique à l’époque moderne.
Le Nord-Médoc est un espace d’interface entre océan Atlantique et estuaire de la Gironde, dont l’évolution au cours de l’Holocène a profondément modifié les milieux :
- formation et migration de barrières dunaires,
- transformation du réseau hydrographique,
- création, comblement et envasement des marais.
Ces dynamiques ont généré des aléas récurrents — ensablement, érosion, envasement, submersion — auxquels les sociétés ont dû répondre.
L’étude repose sur une approche pluridisciplinaire combinant observations de terrain, relevés par drone, prospections, carottages, analyses sédimentologiques, géochimiques, micropaléontologiques et datations radiocarbone, afin de reconstituer la chronostratigraphie de la plage et des marais, puis de produire des cartes paléogéographiques.
Ces reconstitutions sont ensuite croisées avec les données archéologiques pour analyser à la fois les contraintes imposées par le milieu et les opportunités offertes par les ressources littorales, en particulier le sel, mais aussi plus tard les huîtres. Les résultats montrent que les modes d’occupation évoluent au fil des transformations du paysage.
Au Néolithique, les populations s’installent en bordure des marais, exploitent probablement le sel et mettent déjà en place de petits aménagements pour stabiliser ou utiliser le milieu.
Au Bronze ancien et moyen, l’activité salicole semble reculer, tandis que l’environnement continue de se transformer. Une phase érosive majeure au Bronze final, possiblement liée à une intensification des tempêtes et à des dynamiques fluviales accrues, perturbe fortement le marais et semble s’accompagner d’une interruption ou d’un déplacement des occupations.
À l’Âge du Fer, l’occupation reprend dans un marais réorganisé, structuré par un réseau de chenaux plus développé. L’exploitation du sel est alors attestée par des restes de briquetage, et les populations s’adaptent à la mobilité des chenaux en déplaçant leurs implantations et en construisant des aménagements plus importants, comme un probable ponton.
Après une nouvelle interruption au Second Âge du Fer, l’Antiquité voit apparaître une exploitation plus technique et plus intensive du milieu, avec des bassins et des canaux probablement liés à l’affinage des huîtres, ce qui témoigne d’une maîtrise croissante de l’environnement et d’une première anthropisation forte du paysage. Cette occupation finit toutefois par céder face à la migration du cordon dunaire.
Enfin, pour la période moderne et contemporaine, Camille souligne le passage d’une adaptation fondée sur la mobilité et l’ajustement local à une gestion de plus en plus artificialisée des risques, portée notamment par l’État à partir du XIXe siècle : stabilisation des dunes, épis rocheux, endiguements, assèchement des marais.
En conclusion, cette longue histoire des interactions entre sociétés et milieux littoraux continue d’influencer la vulnérabilité actuelle de la côte aquitaine et du Nord-Médoc, notamment dans un contexte de risques côtiers futurs.
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