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Réunion annuelle du projet GEOPRAS 2026

Le consortium GEOPRAS étudie les sociétés littorales de la Préhistoire récente (Mésolithique et Néolithique) sur les côtes atlantiques françaises afin de comprendre leur organisation sociale et économique et le rôle qu’elles jouent dans des dynamiques historiques plus larges, telles que la néolithisation. 

Actu-Congrès 02 févr. 2026

Bonjour à toutes et à tous et Bienvenue !

Aujourd'hui, Terres du Passé propose de vous faire découvrir le consortium à venir de l'ANR GEOPRAS qui aura lieu les 5 et 6 février 2026 à Plouzané (Bretagne, Finistère). 

GEOPRAS : comprendre les sociétés littorales préhistoriques face à la mer

Le projet GEOPRAS s’intéresse aux sociétés côtières du Mésolithique et du Néolithique sur les façades atlantiques françaises.
Son objectif est de mieux comprendre la manière dont ces communautés humaines se sont organisées, ont exploité leur environnement et ont interagi avec un littoral en profonde transformation, notamment dans le contexte de la montée du niveau marin à l’Holocène.

La première étape du projet consiste à reconstruire les environnements côtiers du passé. Les paysages littoraux ont été radicalement remodelés par les variations du niveau marin, les processus d’érosion et de sédimentation.

GEOPRAS propose une approche multi-scalaire, allant de l’échelle régionale à celle du site archéologique, afin de restituer au plus près les dynamiques environnementales anciennes autour du golfe de Gascogne, dans des contextes variés (dunes, côtes rocheuses, marais). Le projet met également l’accent sur le développement de méthodes d’intervention rapide et de sauvetage en archéologie et en géoarchéologie, adaptées à des contextes littoraux souvent fragiles et éphémères.
Des protocoles intégrés sont testés et optimisés pour l’enregistrement des vestiges, l’échantillonnage et l’analyse des sites, notamment sur l’estran, dans les zones humides et au sein des amas coquilliers.

Ces travaux mobilisent un large éventail d’outils : prospections géophysiques, archéozoologie, micromorphologie, géochimie, taphonomie, approches métagénomiques et datations OSL.

Une seconde thématique majeure porte sur la gestion de l’interface terre–mer par les sociétés préhistoriques. Les amas coquilliers, emblématiques de ces occupations littorales holocènes, constituent des archives clés pour documenter la biodiversité passée, les pratiques alimentaires et les modes d’exploitation des ressources marines.

Enfin, GEOPRAS s’attache à comprendre les systèmes techniques en contexte maritime, en particulier les pratiques de navigation et de déplacement par voie d’eau. Pour pallier le manque de données directes sur les embarcations préhistoriques, le projet croise références ethnographiques et historiques, analyses technologiques et tracéologiques des outils, et programmes d’expérimentation.

Au-delà des avancées méthodologiques, GEOPRAS ambitionne de poser les fondations conceptuelles et techniques d’une véritable préhistoire maritime, adaptée aux spécificités du patrimoine côtier. Les résultats seront synthétisés dans un manuel de préhistoire maritime, publié en français et en anglais.

Le projet intègre également une forte dimension participative, en associant amateurs, observateurs, citoyens et visiteurs aux temps forts scientifiques et aux opérations de terrain (prospection, fouille, expérimentation).

Comprendre les outils utilisés par les archéologues

 Prospections géophysiques : voir sans fouiller

Les méthodes géophysiques permettent de détecter des structures archéologiques enfouies sans excavation. Elles sont particulièrement adaptées aux milieux littoraux, où les sites sont fragiles et souvent menacés par l’érosion. Quelques exemples : 

  • Géoradar (GPR) : il émet des ondes électromagnétiques dans le sol qui sont réfléchies par les contrastes de matériaux (sédiments, pierres, vides). Le temps de retour du signal permet de reconstituer une image du sous-sol en profondeur. Cette méthode est très utile pour repérer des niveaux d’occupation, des structures ou des paléosurfaces.
  • Magnétométrie : elle mesure les anomalies du champ magnétique terrestre causées par des structures anthropiques (foyers, fosses, concentrations de matière organique). C'est une méthode rapide, efficace sur de grandes surfaces.
  • Tomographie de résistivité électrique (ERT) : cette méthode repose sur la mesure de la résistance électrique des sols. Les variations permettent de distinguer des unités sédimentaires, des zones humides, des paléochenaux ou des structures enfouies (exemple avec Sirieix et al., 2014).

Archéozoologie : comprendre les relations homme–animal

L’archéozoologie étudie les restes animaux (coquilles, os de poissons, mammifères, oiseaux) retrouvés sur les sites. Cela passe par

  • l'identification des espèces exploitées,
  • l'analyse des modes de collecte, de pêche ou de chasse,
  • la reconstitution des régimes alimentaires et de la biodiversité passée,
  • ou encore l'étude de la saisonnalité des occupations (ex. croissance des coquillages)

Dans les amas coquilliers, ces données sont essentielles pour comprendre l’intensité et la durée des occupations humaines.

Micromorphologie : lire les sols au microscope

La micromorphologie consiste à prélever des blocs de sédiments non perturbés, transformés en lames minces observées au microscope. Elle permet notamment :

  • d'identifier des micro-stratifications invisibles à l’œil nu,
  • de distinguer les processus naturels (dépôts marins, colluviaux) des apports anthropiques,
  • de reconnaître des traces d’occupation humaine (piétinement, foyers, rejets).

C’est un outil clé pour interpréter finement la formation des sites littoraux.

Géochimie et taphonomie : suivre la transformation des vestiges

L'utilisation de la géochimie consiste en l'analyse des éléments chimiques présents dans les vestiges (carbone, azote, isotopes, métaux) pour caractériser les conditions environnementales, les sources de matériaux ou les transformations post-dépositionnelles.

La taphonomie revient à étudier des processus de dégradation des restes biologiques (érosion marine, dissolution, fragmentation), essentielle pour comprendre ce qui a été conservé… et ce qui a disparu.

Approches métagénomiques : l’ADN environnemental

Les analyses métagénomiques reposent sur l’extraction d’ADN ancien contenu dans les sédiments.
Elles permettent d'identifier des espèces animales ou végétales, même en l’absence de restes visibles ; de reconstituer des environnements passés ou encore de détecter des activités humaines indirectes.

Ces méthodes sont encore en plein développement, mais très prometteuses en contexte côtier.

Datation OSL : dater l’ensablement des paysages

La datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) est particulièrement adaptée aux contextes littoraux sableux, où les matières organiques sont rares ou absentes.

Principe

Les minéraux (quartz, feldspaths) accumulent, au fil du temps, une charge électronique due à la radioactivité naturelle de l’environnement. Lorsqu’ils sont exposés à la lumière (transport éolien ou marin), cette charge est remise à zéro.
Une fois enfouis, les minéraux recommencent à accumuler de l’énergie.

En laboratoire, une stimulation lumineuse libère cette énergie sous forme de luminescence, mesurée pour calculer le temps écoulé depuis le dernier ensoleillement.

Ce que date l’OSL

Le moment de l’enfouissement du sédiment, et non l’occupation humaine elle-même.

Intérêt pour GEOPRAS

→ Dater la mise en place de dunes, de cordons littoraux, de dépôts de tempête ;
→ Contraindre la chronologie des paysages côtiers associés aux sites ;
→ Compléter ou remplacer le radiocarbone dans des contextes pauvres en matière organique.

En résumé

Les outils mobilisés par GEOPRAS permettent de croiser les archives naturelles et archéologiques, depuis l’échelle du grain de sable jusqu’à celle des réseaux humains côtiers. Cette approche intégrée est indispensable pour comprendre comment les sociétés préhistoriques ont vécu, exploité et transformé des littoraux en constante évolution.

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