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« Trajectoires environnementales et sociales pour un futur souhaitable : un pas vers l’Anticipation » : Tremplin 2025 du R3 Futurs-ACT « Trajectoires environnementales et sociales pour un futur souhaitable : un pas vers l’Anticipation » : Tremplin 2025 du R3 Futurs-ACT

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Bonjour à toutes et à tous et Bienvenue !

Les 12 & 13 juin 2025, le réseau régional de recherche (R3) Futurs-ACT a organisé deux demi-journées de son événement phare : le Tremplin, sur la thématique « Trajectoires environnementales et sociales pour un futur souhaitable : un pas vers l’Anticipation » (vous pouvez retrouver l'actualité correspondante en cliquant sur ce lien).  

En parallèle de cet événement, deux side-events ont eu lieu :

  • Un premier durant la matinée du 12 juin, la réunion du Groupe Action vulnérabilité du R3, où plusieurs intervenants ont pu discuter sur le thème « Les systèmes alimentaires face au changement climatique : quels défis et quelles perspectives pour la sécurité alimentaire à l’échelle des territoires de Nouvelle-Aquitaine ? » ; 
  • Un second au cours de la soirée du 12 juin, un ciné-débat sur le lien humain-nature, avec la projection du film « Le Lien » de Frédéric Plénard. 

Comme durant le Tremplin 2023, Terres du Passé a participé à cet événement portant sur l'adaptation des territoires au changement climatique et se propose de vous en retracer ici les grandes lignes.

L'événement a été animé par la journaliste Pauline Boyer (co-créatrice et rédactrice de Soif, la revue de l'eau). 

Si vous avez des questions, des demandes ou des sollicitations à formuler, n'hésitez pas à passer par le formulaire de contact

Anticiper les trajectoires environnementales et sociales

Retour sur le Tremplin 2025 de Futurs-ACT

Face au changement climatique, une question s’impose de plus en plus dans les milieux scientifiques comme dans les territoires :

Comment anticiper les transformations à venir plutôt que les subir ?

C’est autour de cet enjeu que s’est structuré le Tremplin 2025 du R3 Futurs-ACT, en réunissant chercheurs et acteurs territoriaux pour réfléchir collectivement aux trajectoires environnementales et sociales de la Nouvelle-Aquitaine.
Mais au-delà de l’événement lui-même, ce qui se joue ici est plus profond : il s’agit d’un véritable changement de regard. Une manière différente de penser les territoires, non plus comme des espaces figés ou sectorisés, mais comme des systèmes en évolution, traversés par des dynamiques multiples.

Des trajectoires à (re)penser

Le concept de trajectoire est au cœur de cette réflexion. Il renvoie à l’idée qu’un territoire n’est jamais immobile : il évolue dans le temps, sous l’effet combiné des transformations climatiques, des activités humaines, des choix politiques et des contraintes économiques. Penser en termes de trajectoire, c’est donc chercher à comprendre ces dynamiques, mais aussi à identifier les marges de manœuvre pour les orienter.

Cette approche implique de relier étroitement le passé, le présent et le futur.

Les trajectoires actuelles sont en effet le produit d’héritages – qu’ils soient environnementaux, agricoles, économiques ou sociaux – qui continuent de structurer les possibles. Anticiper ne consiste donc pas à prédire un futur abstrait, mais à s’appuyer sur ces héritages pour construire des scénarios réalistes et souhaitables.

Des interventions ancrées dans un monde en transition

Les échanges ont également mis en évidence le caractère profondément systémique des enjeux territoriaux.
Les questions climatiques, agricoles, alimentaires ou sociales ne peuvent être traitées séparément. Elles s’entremêlent et interagissent en permanence.

Ainsi, les systèmes alimentaires apparaissent comme un exemple particulièrement révélateur. À la fois dépendants des conditions environnementales, des marchés globaux et des dynamiques sociales, ils concentrent de nombreuses vulnérabilités.

En Nouvelle-Aquitaine, les diagnostics montrent notamment une dépendance importante aux importations, des inégalités d’accès à l’alimentation et une sensibilité accrue aux aléas climatiques. Mais ces vulnérabilités ne sont pas uniquement des contraintes. Elles révèlent aussi des leviers d’action. Les initiatives territoriales – relocalisation des filières, diversification des pratiques agricoles, expérimentations locales – montrent qu’il est possible de réorienter ces systèmes vers davantage de résilience.

Les conférences et tables rondes montrent que la transition ne se résume pas à un mot d’ordre abstrait. Elle prend forme dans des situations concrètes : relocalisation de la laine en Limousin, culture du risque littoral au Pays basque, gestion de l’eau en tête de bassin, concertation citoyenne en territoire rural... 
Chaque intervention met en évidence des tensions réelles : entre exploitation et préservation, entre sensibilisation et implication, entre attachement aux usages existants et nécessité de renoncer à certaines pratiques.

Plusieurs intervenants soulignent aussi que la transition demande du temps, de l’animation, des médiations et une capacité à travailler avec des conflits d’usage ou de perception. Le Tremplin donne ainsi à voir un monde déjà en transition, où les transformations sont engagées mais encore inégales, fragiles et discutées.

De la science dure à co-construction science-société

Un autre enseignement majeur du Tremplin 2025 concerne l’évolution des pratiques scientifiques elles-mêmes. La production de connaissances ne se fait plus uniquement dans les laboratoires, de manière descendante. Elle s’inscrit désormais dans des dynamiques de co-construction avec les acteurs du territoire.
Cette transformation est loin d’être anodine. Elle implique de repenser les méthodes de recherche, de croiser les savoirs scientifiques et empiriques, et d’accepter une part d’incertitude inhérente aux systèmes complexes. Elle traduit aussi une volonté d’ancrer davantage la science dans l’action, en lien direct avec les enjeux territoriaux.

Dans ce contexte, l’anticipation ne consiste pas à produire des prédictions figées, mais à ouvrir des possibles. Il s’agit d’identifier différentes trajectoires, d’en discuter collectivement les implications, et de construire des orientations partagées.
Le Tremplin 2025 illustre ainsi une évolution importante : le passage d’une logique de réaction à une logique d’anticipation, où les territoires deviennent des espaces d’expérimentation et de réflexion collective sur les futurs.

Les interventions introductives rappellent le rôle central des connaissances climatiques, mais insistent aussi sur la nécessité de les contextualiser, de les traduire et de les mettre en discussion. Philippe Moretto défend explicitement des processus participatifs et une médiation entre langages scientifiques et réalités locales.
Dans le même esprit, plusieurs interventions montrent que la recherche gagne à se construire avec les territoires plutôt que sur eux. Le projet FRACTALE, le commentaire anthropologique autour d’Arriskua, ou encore l’analyse de Camille Jonchères sur les étangs, illustrent cette évolution.

La science n’est pas abandonnée : elle change de place et de méthode, en entrant davantage dans des dynamiques de coopération, de restitution et de co-construction.

A chaque territoire ses spécificités

Enfin, cette approche rappelle que les trajectoires environnementales et sociales ne peuvent être dissociées de leurs ancrages territoriaux. Chaque territoire possède ses spécificités, ses contraintes, mais aussi ses ressources. C’est à cette échelle que se construisent, concrètement, les transitions. Dans cette perspective, l’articulation entre connaissance scientifique, action locale et compréhension des dynamiques passées apparaît comme essentielle. Elle ouvre la voie à une manière plus intégrée et plus fine de penser les transformations à venir.

Le Tremplin insiste fortement sur le fait qu’il n’existe pas de réponse unique face au changement climatique.
Les vulnérabilités ne sont pas les mêmes selon qu’on parle de littoral, de forêt, de zones rurales, de bassins versants ou de territoires de montagne. Le projet Arriskua montre l’importance d’une culture locale du risque littoral ; le PNR Périgord-Limousin met en lumière des conflits spécifiques autour des étangs et de l’eau ; la Soule, à travers FRACTALE, pose des questions de foncier, de démographie et d’organisation collective ; les Toiles des Bergers renvoient à un territoire d’élevage et à une filière artisanale localisée.

Cette diversité des cas rappelle que l’adaptation doit être située. Elle doit partir des ressources, des contraintes, des usages et des attachements propres à chaque territoire.

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Références Bibliographiques